Une série qui se resserre
Les faits se sont enchaînés à un rythme inhabituel. Dans le Rhône, quatre casernes ont été visitées entre le 7 et le 18 août : Pusignan, Saint-Bonnet-de-Mure, Vaugneray et Fontaines-sur-Saône, selon le parquet de Lyon. Le dimanche 23 août au matin, ce sont les sapeurs-pompiers de Bourgoin-Jallieu, en Isère, qui ont constaté à leur tour une disparition dans leurs fourgons.
Point commun de ces cinq cibles : il s'agit de casernes de volontaires, sans présence permanente, contrairement aux centres où veillent des professionnels. Autant de bâtiments plus faciles à approcher la nuit venue. À Bourgoin-Jallieu, ce sont les pompiers eux-mêmes qui ont relevé le vol du matériel entreposé dans leurs véhicules, avant que le SDIS de l'Isère ne dépose plainte.
Un matériel qui pèse son poids d'or
La pince de désincarcération n'a rien d'un outil anodin. Elle découpe la tôle, ouvre un habitacle en quelques minutes et permet d'extraire une victime coincée après un accident de la route, souvent dans un état grave. Chaque appareil coûte plusieurs milliers d'euros ; certains modèles atteindraient jusqu'à 10 000 euros pièce. À Bourgoin-Jallieu, le préjudice pourrait grimper à plusieurs dizaines de milliers d'euros.
Mais l'addition financière n'est pas ce qui inquiète le plus les secours. Le temps de remplacer leur équipement, les casernes touchées devront se tourner vers leurs voisines dès qu'une intervention l'exigera. Sur un accident, ce sont ces minutes empruntées qui feront la différence.
La piste d'une équipe spécialisée
Pourquoi dérober un tel matériel ? Une hypothèse revient chez ceux qui suivent l'affaire. Ces pinces serviraient à forcer des portes blindées lors de futurs cambriolages, avance Brian Canale, membre de la CGT des sapeurs-pompiers du Rhône. Un outil taillé pour ouvrir une voiture accidentée se révèle en effet redoutable face à une serrure de sécurité.
Les enquêteurs privilégient la thèse d'une bande organisée, méthodique, peut-être spécialisée dans ce type de larcin. Une enquête a été ouverte pour vol en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de la commission d'un crime. Elle a été confiée à la brigade de recherche de Mions, dans la métropole de Lyon. À ce stade, aucun auteur n'a été identifié, et ces intentions prêtées aux voleurs restent des hypothèses de travail.
Un outil de vie détourné
Restent ces cinq casernes dégarnies, contraintes de compter sur leurs voisines en attendant du matériel neuf. Les pinces qui offraient aux pompiers quelques minutes pour sauver une vie pourraient désormais en offrir autant à des cambrioleurs pour fracturer une porte. Tout dépend, maintenant, de qui remettra la main dessus le premier.